Version en ligne
#20/2020 - Mai 2020
 L'EDITO DE LA MÉDIATRICE


DECONFINEMENT n.m. inconnu des dictionnaires
 

       En cette semaine de déconfinement, un flot de remerciements des auditeurs, manière de clore joliment ces deux mois radiophoniques hors-normes et de saluer le professionnalisme de toutes les équipes de Radio France. Pour certains de nos concitoyens, le déconfinement est synonyme de retour à Paris. Malmenés voire insultés sur les réseaux sociaux, les Parisiens partis à la campagne ou au bord de la mer n’ont pas été davantage épargnés par les auditeurs ces derniers jours : au-delà des critiques sur ce choix de confinement, des auditeurs n’en comprennent pas le traitement éditorial. Cette semaine est également marquée par le retour à l’école, sujet ultra-sensible pour ceux qui nous écoutent. Les auditeurs s’interrogent aussi sur les règles sanitaires dans les transports en commun, le déconfinement des seniors, sur le « monde d’après » et le lexique lié à cette crise sanitaire.  
Leur coup de cœur de la semaine ? Les « Lumières dans la nuit » d’Edouard Baer sur France Inter. 


Le retour des Parisiens  

Etudiants, couples avec jeunes enfants, retraités, un million de franciliens et près de 200 000 Parisiens intra-muros ont fait le choix de quitter Paris pour ne pas vivre entre les murs d’un logement de quelques dizaines de mètres carrés pendant plusieurs semaines. 

A la veille du déconfinement, la parole leur a été donnée à travers des reportages ou des émissions. Un choix incompréhensible pour des auditeurs : 

« Comment osez-vous passer à l’antenne des propos de gens très aisés qui ont fui Paris (...) c’est une obscénité sans nom (…). Que les nantis fassent ce qu'ils veulent, mais s'il vous plaît, ne leur donnez pas la parole sur les ondes. ». Cette auditrice fait référence à un jeune couple - vivant à Paris dans 45 mètres carrés avec un bébé - parti vivre chez un ami ayant une maison à la campagne, proposition qu’il a faite à plusieurs de ses proches. Le qualificatif de « nantis » laisse songeur au regard du profil du jeune couple, c’est pourtant celui qui est le plus souvent cité et associé aux « Parisiens » dans les courriels :  
« Je ne comprends vraiment pas comment vous avez pu donner la parole à des citadins (Parisiens en l’occurrence) qui, bien sûr parce qu’ils ont davantage de moyens que Monsieur Tout le monde, ont choisi d’aller se confiner à la campagne, dans des résidences bien confortables. »   
« Depuis le début de la pandémie de coronavirus, et de manière nettement accentuée en cette fin de confinement, je suis surpris que tant de vos reportages traitent de manière très neutre, quand ce n'est pas valorisante, le comportement complètement incivique de certains de nos compatriotes, consistant à enfreindre les règles gouvernementales visant à limiter la propagation du virus. Ce matin, dimanche 10 mai, nous avons eu droit à un reportage sur le bonheur de Parisiens réfugiés dans leur résidence secondaire, et qui s'y plaisent tant qu'ils s'imaginent très bien vivre loin de Paris dorénavant. » 


Dans cette critique sévère, observons un élément réjouissant : « vos reportages traitent de manière très neutre », sous-entendu « trop » neutre. On reproche donc ici à des journalistes leur neutralité. La chose est suffisamment rare pour être relevée et appréciée. Les auditeurs déplorent habituellement le parti-pris des journalistes. Ici, c’est au contraire leur absence de partialité qui les désigne coupables. Car cette neutralité signe leur indulgence à l’égard du choix de certains de leurs concitoyens : le journaliste a été : « complaisant envers ces Parisiens. Il aurait dû au contraire souligner que ces gens ont pris le risque de contaminer des gens qui n'avaient rien demandé, au risque ensuite de saturer des hôpitaux bien moins équipés qu'à Paris. » 
« Le journaliste était très en accord avec eux et n'a, à aucun moment, exprimé ne serait-ce qu'un petit reproche ! » ,  
« Et vous ne dites rien, vous lui donnez votre aval à cette infraction du confinement ». 
« Ces comportements sont inciviques, et la promotion qui en est faite par votre radio est immorale. ».
 

Situer le journalisme dans le champ de la morale ouvre une réflexion ambitieuse, trop vaste même pour que tous les aspects qui y réfèrent soient abordés ici. Cependant, rappelons simplement que, dans son aspect normatif, la morale est l’ensemble des règles suivant lesquelles on agit et on juge les actions au point de vue du bien et du mal. Au regard du jugement de valeur, la conscience morale c’est le pouvoir d’apprécier et de juger la conduite selon le critère du permis et du défendu avec toute une gamme d’appréciations allant de l’éloge au blâme. Or les principes de l’approbation et de la réprobation n’entrent pas dans le périmètre du journalisme, que cela soit dans les commentaires d’un reportage ou lors d’une interview d’un auditeur en direct sur l’antenne. 

Prendre parti pour ou contre une décision, décider si tel comportement est irresponsable, si telle attitude est raisonnable n’est pas dans le rôle du journaliste.  
Il doit avant tout être factuel dans sa manière d’interroger un choix - aller se confiner à la campagne lorsqu’on vit à Paris - il questionne celui qui a décidé d’agir ainsi en connaissance de cause, en assumant des responsabilités acceptées, des risques consentis.  

Faire entendre cette parole n’est pas immoral. La radio, les médias généralistes, donnent à entendre différents points de vue, à chacun ensuite de se faire un avis. Et il y a autant d’avis qu’il y a de sensibilités. C’est un fait d’observation courante qu’il existe une grande diversité d’opinions touchant le permis et le défendu, le louable et le condamnable, le tout étant soumis aux fluctuations de la conscience collective. 

En contrepoint, on me rétorquera que souvent les journalistes émettent un point de vue. En effet, c’est le cas des éditorialistes ou des médias d’opinion. On m’objectera également que la manière d’interviewer ou de faire des sous-entendus laissent poindre l’opinion du journaliste. Libres aux auditeurs de le penser mais, je l’ai déjà écrit ici, la formulation d’une question, le ton employé lors d’une interview ne révèlent pas systématiquement le positionnement idéologique, politique ou moral d’un journaliste.   

Poursuivant leurs critiques des Parisiens, un auditeur écrit : « Ils n’ont pas respecté le confinement en se rendant dans leur maison secondaire (…) ils sont irrespectueux de l’intérêt collectif au profit de leur individualisme. ». Un point de vue partagé par d’autres auditeurs estimant que ces Parisiens ont enfreint la règle en quittant la capitale alors que ce n’était pas autorisé. Faux. Quand ils sont partis, ils en avaient le droit a rappelé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Rentrer à leur domicile principal pour reprendre leur travail ou scolariser leurs enfants a été autorisé sous la condition d’être munis d’une dérogation de déplacement.  


Préjugés, incompréhension, stigmatisation 

Ces messages laissent apparaître une défiance, de l’incompréhension, une stigmatisation à l’égard des « Parisiens » « incapables de respecter le confinement » et pour lesquels les médias seraient donc étrangement complaisants puisque « tous les journalistes sont Parisiens », autre idée reçue extrêmement tenace.  

« Plusieurs reportages sur les Parisiens qui, après deux mois passés dans leur résidence secondaire ou autre endroit, reviennent dans la capitale pour réintégrer leur logement principal. Trop, c'est trop, pour tous ceux qui ont respecté scrupuleusement les règles de confinement dans leur domicile principal et ne sont pas allés "envahir" les villes des côtes françaises ou des campagnes. Ce type de reportages passé à plusieurs reprises, ne fait qu'accentuer la cassure entre le monde d'en haut et les bobos, et celui des honnêtes citoyens qui respectent les règles en vigueur et pleines de sagesse en cette période de pandémie. » 

Le journaliste : « a été trop "parisien" en utilisant un vocabulaire complaisant envers ces Parisiens. Il aurait dû au contraire souligner que ces gens ont pris le risque de contaminer des gens qui n'avaient rien demandé, au risque ensuite de saturer des hôpitaux bien moins équipés qu'à Paris. Attention au ton des journalistes, ils sont tous Parisiens et ont du mal à sortir de leur parisianisme. » 

Les auditeurs expriment clairement la crainte qu’ils ont éprouvée que « ces Parisiens » n’apportent le virus et contaminent les médecins locaux créant ainsi un foyer épidémique. Beaucoup de colère donc dans les courriels, peu de nuances, une tension qui témoigne une fois encore d’une fracture entre « Paris » et « le reste de la France », comme si l’on avait affaire à deux mondes qui se méconnaissent. 

Pour le sociologue Jean-Didier Urbain, invité de l’émission « Le Grand rendez-vous » sur France Inter le 7 mai dernier, il y a là une vision caricaturale du profil et de l’attitude des Parisiens partis vivre leur déconfinement loin de la capitale : « On assiste à un conflit de représentation. D’une part le Parisien n’est pas forcément bobo, pas forcément bourgeois. Il y a aussi des employés à revenus modestes à Paris, des ouvriers dans sa banlieue. C’est une vieille histoire cette relation entre ce qui est Paris et ce qui n’est pas Paris. Une sorte d’opposition permanente. Paris serait le lieu du pouvoir, de la richesse, du progrès, de l’événement et, par opposition à cela, il y aurait l’arrogance qui en découlerait naturellement dans l’attitude des Parisiens. C’est surfait, c’est dur, c’est résistant, comme tout préjugé. »  

Ce chercheur a longtemps étudié les résidences secondaires dans l’espace rural et il estime qu’il y a beaucoup de malentendus à dissiper : « Il faut aussi rompre avec cette idée que ceux qui sont partis se réfugier dans une résidence secondaire sont forcément des gens nantis. J’ai étudié pendant des années les résidences secondaires dans l’espace rural. C’est aussi à mettre en évidence : les retraités, les employés à revenus modestes et les ouvriers possèdent plus de la moitié du parc de résidences secondaires dans l’espace rural. Je ne parle pas du Var, des régions littorales où là, la spéculation foncière est telle que ces classes sociales ne peuvent pas y accéder.   
Mais des ouvriers ont pu être mis au chômage technique (pendant le confinement NDLR) et certains sont partis à la campagne car ils avaient un pied à terre acheté à petit prix ; voire sur une parcelle agricole avec l’installation d’un cabanon, ça se multiplie, il y en a plus de trois millions estimés en France. On ignore tout ça.  
C’est un peu comme la fuite sur l’ile de Ré, ça a été perçu comme la fuite des aristocrates pendant la Révolution, on pensait forcément que c’était des nantis ce qui n’est pas le cas. Il y a donc des personnes aux revenus modestes, au chômage technique, retraités, qui sont aussi partis. Il ne faut pas avoir une vision trop caricaturale du phénomène. » 

L’émission est à réécouter ici


Distanciation physique dans les transports en commun  

La distanciation physique dans les transports en commun ? Chacun notera toutes les contradictions symboliques énoncées dans cette simple formule. Comment limiter les risques de contamination dans un moyen de transport emprunté par tous ? Cet aspect majeur du déconfinement suscite de nombreuses questions chez les auditeurs qui pointent différentes règles sanitaires entre l’avion, le train, le bus ou le métro : « Pourquoi les règles de distanciation physique prévues dans les trains et bus ne seront pas appliquées dans les avions ? », « Pourquoi les compagnies aériennes n’auront pas à faire respecter les mesures de distanciation sociale, contrairement aux opérateurs de trains et de métros ? ». De l’incompréhension sur les modalités et des questions après le passage du ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, dans le Grand entretien mardi dans la matinale de France Inter. Pour les trains grandes lignes, la SNCF ne doit vendre qu’« un siège sur deux ». En revanche, dans les avions, la distanciation physique n’est pas imposée. Jean-Baptiste Djebbari indique que le gouvernement a "demandé à Air France de veiller scrupuleusement à avoir des taux de remplissage de l'ordre de 45-50%. Ça assure la distanciation physique à bord". Il souligne que "l'avion est un peu différent des autres modes de transport dans la mesure où on a un air contrôlé avec des filtres à haute performance et qui est renouvelé toutes les trois minutes"


Reprendre le chemin de l’école  

Un million et demi d'élèves, sur un total 6,7 millions, ont repris mardi le chemin de l'école primaire après huit semaines d’interruption. Certains parents, élus locaux et syndicats d'enseignants ont exprimé leurs craintes quant au risque d'une seconde vague de contamination. Ce retour en classe, dans le respect d’un protocole sanitaire strict, suscite chaque jour du courrier d’auditeurs : 
« Les enseignants porteront un masque qui ne sert pas à les protéger, mais à protéger les élèves. Les élèves ne porteront pas de masque. Les masques grand public n’ont de sens que si tout le monde en porte, non ? Si les élèves ne portent pas de masque, pourquoi demander aux enseignants d’en porter un ? » 
« Est-ce qu’il ne faut pas reconnaître que les enseignants vont faire de la garderie (le temps passé à respecter et faire respecter les gestes barrière en primaire va représenter un tiers du temps scolaire : lavage de mains de 15 élèves 10 fois par jour) l’apprentissage passe loin derrière. » 
« Peut-on parler d’éducation, de pédagogie, d’apprentissage ou doit-on parler de garderie ? »

« Je vous écris pour réagir aux propos que j’ai entendus sur votre antenne, de la part d’une directrice d’école, propos qui sont depuis quelque temps en train de se diffuser sur les réseaux sociaux à une large échelle, et m’apparaissent alarmants. Je suis choquée que l’on puisse qualifier les conditions de reprise des enfants à l’école de « maltraitance » ou « presque maltraitance ». Un débat contradictoire serait bienvenu sur le sujet… Étant simple éducatrice en protection de l’enfance, je n’ai pas la prétention de détenir un savoir dans les conditions actuelles, tellement complexes. Pourtant, le mot maltraitance m’apparaît totalement inadapté et j’ai l’impression que les enfants sont instrumentalisés lorsqu’on recourt à une telle stratégie. » 
« Vous parlez d’égalité d’enseignement mais pour les départements en rouge ils ne pourront pas avoir les mêmes conditions d’examen que les départements en vert. Voire pas d’examen du tout. Quid de l’égalité de la notation entre les élèves ? » 

Si du côté des « auditeurs enseignants » un certain nombre considère qu’il s’agit de faire de la garderie, des « auditeurs parents » nuancent en estimant que l’enjeu n’est pas celui de l’apprentissage mais de la resocialisation : parler avec le professeur, voir des camarades, afin de sortir les enfants de ce confinement et pour certains des violences intra-familiales. 


Le ou La Covid-19 ? 

Alors même que l'usage majoritaire en France est d'utiliser ce terme, apparu avec l'épidémie de coronavirus, au masculin, l'Académie française recommande d'utiliser le mot Covid-19 au féminin plutôt qu'au masculin. « Je suis curieuse de savoir pourquoi l'Académie française nous invite à dire "la Covid" plutôt que "le Covid" ? » nous demande une auditrice. Les académiciens rappellent une règle simple : pour un acronyme c'est le genre du mot principal qui compte. Ainsi on dit et écrit "la" SNCF car il s'agit de l'acronyme de la "Société nationale des chemins de fer" et l'article s'accorde avec le genre du mot "société". 

La difficulté avec Covid est qu'il s'agit d'un acronyme d'origine étrangère. Covid est l'abréviation du terme anglais "Coronavirus disease" qui se traduit par "maladie du coronavirus". "Maladie" étant un mot féminin la règle devrait donc bien être d'employer le féminin quand on utilise le terme Covid. 
On parle de "la" CIA (Central Intelligence Agency) pour désigner l'agence de renseignement américaine. En français, "agence" est un mot féminin. 
Au Québec, bastion francophone d'Amérique du Nord, on utilise le mot Covid au féminin.  

Mais, une autre des règles fondamentales d'une langue est son usage courant. "L'usage fait la loi" ont coutume de dire les linguistes. Dans le cas du mot Covid, force est de constater que le masculin s'est imposé notamment sur les antennes de Radio France, ce qui nous vaut des messages d’auditeurs : « Comme vos journalistes semblent en permanence faire la confusion entre le virus (coronavirus : SARS-CoV-2) et la maladie (covid-19 acronyme de "coronavirus disease 2019" ou « maladie à coronavirus 2019), je vous informe qu'il est admis et évident que le mot coronavirus est masculin en français et que l'acronyme « covid-19 » est plutôt féminin. », « Nous entendons souvent parler "du" Covid-19 (au masculin). Or, s'agissant de la maladie, il faut dire : "LA" Covid-19 (comme on dirait "la grippe"), celle-ci étant transmise par le coronavirus. Vos journalistes ne semblent pas toujours au courant. Un médecin, ce matin, lors de son interview, faisait bien la différence. » 

Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement parle du Covid au masculin, l'Institut Pasteur également. 
"Pourquoi l'emploi si fréquent du masculin le Covid 19?", s'interroge l'Académie française. "Parce que, avant que cet acronyme ne se répande, on a surtout parlé du coronavirus, groupe qui doit son genre (...) au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l'agent pathogène qui la provoque", répond-elle. 
Un mois avant cet avis rendu par l’Académie française, le site de France Culture se penchait déjà sur la question du genre, « le » ou « la » Covid-19, dans un excellent article à lire ici

D’ailleurs, du côté des rédactions, des consignes particulières ont-elles été données ? À France Culture il y a eu débat et l’habitude a été prise de féminiser le mot. Débat également en conférence de rédaction à France Inter, pour l’instant les journalistes s’en tiennent à l’application de l’usage à savoir l’emploi du masculin mais si l’usage change une modification pourrait être envisagée. À France Bleu, pas de consigne particulière de la direction. Quant à Franceinfo, la rédaction a décidé de conserver « le » Covid car c’est l’usage depuis le début de la crise et c’est ainsi que s’exprime le grand public. 

Autre reproche lexical des auditeurs, l’usage de la formule « distanciation sociale ». Depuis plusieurs semaines, ils écrivent inlassablement à ce sujet. Là encore, l’Académie s’est exprimée et juge l'expression « assez peu heureuse ». Comme nous l’expliquions dans l’édito de la Lettre #18, la « distanciation sociale » est une transcription de l'anglais « social distancing ». « Distanciation », explique l'Académie, désigne dans son sens premier "le refus de se mêler à d'autres classes sociales". "On suppose pourtant que ce n'est pas le sens que l'on veut donner aujourd'hui à ce nom » estime l’Académie qui suggère : "Peut-être aurait-on pu parler de « respect des distances de sécurité », de « distance physique » ou de « mise en place de distances de sécurité »."

Si les modalités du déconfinement ont été au cœur des courriers des auditeurs cette semaine, l’usage du mot en revanche ne suscite aucun message. Il est probable que, de leur côté, les académiciens plancheront tôt ou tard sur ce néologisme absent de tous les dictionnaires. 


Lumières dans la nuit  

En cette semaine de déconfinement, coup de cœur des auditeurs pour le comédien Edouard Baer de retour sur France Inter avec, du lundi au jeudi, une heure d’antenne en direct : « Ce petit message au camarade Edouard Baer. C’est une citation de Cioran que je viens de lire dans son De l'inconvénient d'être né : « Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ. » Et bien je voulais dire que cette émission a compris cette équation, puisqu'elle regarde les yeux des autres et découvre en chacun son hôte. Alors merci infiniment aux lumières de m'éclairer dans mes petites tristesses de la nuit naissante. Et merci à Edouard de nous regarder avec chaleur. » 

« Lumières dans la nuit », une émission qui n’a jamais aussi bien portée son nom. 

Bonne lecture,

Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes


​​​​​​​Voici les principales thématiques abordées par les auditeurs dans leurs courriels du 7 au 15 mai 2020. Nous publions une sélection de leurs messages ci-dessous :

1- Merci aux équipes de Radio France
2- Le retour à l'école
3- Regards sur le déconfinement
4- Le retour des Parisiens
5- Le déconfinement des seniors

6- Les transports en question
7- "La" covid-19
8- Pêle-Mêle de remarques des auditeurs
9- Le "monde d'après"

10- Les auditeurs suggèrent des thèmes de reportages
11- Témoignages, poèmes et lettres d'intérieur d'auditeurs

Le coup de cœur des auditeurs pour le retour de l'émission "Lumières dans la nuit" d'Édouard Baer sur France Inter

MERCI AUX ÉQUIPES DE RADIO FRANCE

Messages d'auditeurs
« Je tenais à remercier avant tout les techniciens travaillant pour Radio France, mais aussi l’ensemble des équipes qui nous ont donné la possibilité de continuer à nous informer intelligemment, à réfléchir et à nous cultiver en cette période de confinement. L’offre fut toujours aussi riche et diverse qu’à son habitude. » (Radio France)

« Merci infini pour le travail monumental et phénoménal des équipes de Radio France… votre réactivité, votre engagement de service public et de bienveillance m’ont été personnellement fondamental (depuis bien longtemps mais là vraiment sans vous je serais devenue folle). Merci aussi d’avoir gentiment adapté l’application France Inter super pertinemment pour que l’on puisse partager les émissions et les chroniques précises pour partager à distance des trésors.  » (Radio France)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

LE RETOUR À L'ÉCOLE

Messages d'auditeurs
« J’écoute Franceinfo et je viens d’entendre la petite Inès qui ne veut pas retourner à l’école parce que ça ne sert à rien, puisqu’elle ne pourra pas embrasser ses copines. L’excuse m’aurait paru futile il y a quelques jours, mais aujourd’hui elle m’interpelle. Je vis en Allemagne. Mon fils est en 4ème classe, équivalent du CM2. Comme il est dans une classe-charnière, il a eu l’opportunité de retourner à l’école depuis lundi dernier (le 4 mai). C’est un enfant qui a toujours aimé aller à l’école : bien qu’il commence à 7h30, il était déjà prêt à 6h15 et pouvait ainsi profiter de la garderie. Or actuellement il n’y a plus de garderie, pas de jeux dans la cour, pas de temps libre pour les enfants (ils sont toujours surveillés). Il s’avère que mon fils ne veut plus aller à l’école (mal au ventre, pleurs, hypersensibilité…). En fait, j’ai remarqué qu’il allait à l’école pour le côté social, c’est-à-dire voir ses ami.e.s (même s’il a toujours été très bon en classe). Il vit assez mal la période actuelle. Il m’a même dit qu’il apprenait mieux avant à la maison, parce que la maîtresse est tellement stressée que l’ambiance est mauvaise. Il continue à aller à l’école, mais on sent qu’il n’en a pas envie. Je n’aurais jamais cru qu’il puisse vivre quelque chose comme ça. J’ai vraiment conscience maintenant qu’il faut doublement suivre les enfants et vraiment les écouter. Voilà, c’était juste un petit témoignage… Merci à vous pour vos émissions. » (Franceinfo)

« Mère de 3 enfants, je suis du genre « l’école est obligatoire et c’est une chance, un lieu positif pour vous mes enfants » et puis « on respecte les règles car elles sont pour le bien du groupe ». Mais là, je suis révoltée… La semaine dernière, les enfants allaient à la garderie (car parent médecin). Il y avait pleins de règles, mais c’était positif. Ils étaient heureux. Aujourd’hui c’est l’école et c’est l’angoisse absolue. Des enseignants avec des blouses, des masques, des visières, des interdits partout. Tous nos enfants sont devenus des enfants-bulle ! A l’hôpital, on a appris à mettre des couleurs sur les murs. Là nos écoles deviennent plus stressantes qu’un département pour enfants cancéreux. Tout cela parce que les directeurs, les maires, les ministres, les présidents… toutes les personnes qui organisent ont peur qu’on les dise responsables des contaminations. Alors on en rajoute et on en rajoute dans les précautions… tout en disant que les enfants ne sont pas à risque et contaminent très peu… Je fais confiance aux enseignants, aux directeurs, aux politiques, allons-nous retrouver un peu de bon sens ?» (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

REGARDS SUR LE DÉCONFINEMENT

Messages d'auditeurs
« Je trouve déplacé de parler du coronavirus au passé, alors que le plus difficile n’est pas le confinement mais au contraire la vigilance doit être au maximum en tant que citoyen car les auditeurs vont entendre que tout sera fini à partir de lundi. » (France Inter)

« Je viens d’entendre le témoignage d’une auditrice sur sa tristesse du déconfinement. Je suis d’accord avec elle, la première réaction de certaines personnes a été de courir dans les magasins. La frénésie acheteuse n’a hélas pas disparue, les gens ne tireront donc jamais les leçons que la vie nous donne… Quel dommage ! » (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

LE RETOUR DES PARISIENS

Messages d'auditeurs
«  Je ne comprends vraiment pas comment vous avez pu donner la parole à des citadins (Parisiens en l’occurrence) qui, bien sûr parce qu’ils ont davantage de moyens que Monsieur Tout le monde, ont choisi d’aller se confiner à la campagne, dans des résidences bien confortables. 
Le journaliste était très en accord avec eux et n’a, à aucun moment, exprimé ne serait-ce qu’un petit reproche ! Il était question de leur retour à Paris 4 jours avant le déconfinement ! France Inter deviendrait-elle la radio des classes aisées ! Très dommage ! »
(France Inter)

« Depuis quelques jours, France Inter a diffusé plusieurs reportages sur les Parisiens qui après 2 mois passés dans leur résidence secondaire ou autre endroit, reviennent dans la capitale pour réintégrer leur logement principal. 
Reportages sur : les trains « surchargés » qu’ils ont dû emprunter, les autoroutes sur lesquelles ils ont dû circuler en dehors des weekends ou de nuit pour éviter les bouchons, les foules sur les trottoirs qu’ils retrouvent, ou les personnes qu’ils croisent dans les escaliers ou ascenseurs de leur immeuble. 
Trop, c’est trop, pour tous ceux qui ont respecté scrupuleusement les règles de confinement dans leur domicile principal et ne sont pas allés « envahir » les villes des côtes françaises ou des campagnes. 
France Inter a fait à longueur de journée des émissions sur cette pandémie et ses conséquences dangereuses pour notre société. Ce type de reportage passé à plusieurs reprises, ne fait qu’accentuer la cassure entre le monde d’en haut et les bobos, et celui des honnêtes citoyens qui respectent les règles en vigueur et pleines de sagesse en cette période de pandémie. »
(France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

LE DÉCONFINEMENT DES SENIORS

Messages d'auditeurs
« J'ai 66 ans et vit en Charente. Depuis un peu avant la mi-avril, j'ai repris mon travail d'infirmier dans le cadre du renfort Covid dans un hôpital de l'APHP où je suis programmé jusqu'à fin mai pour le moment. Il n'y a pas d'âge à mon avis pour participer à la société et être civique. » (France Inter)

« Ma maman de 83 ans a cousu 50 blouses pour le personnel médical dans le cadre du collectif du Val d'Oise. Mes parents savent utiliser les gestes barrières et sont très raisonnables dans leur comportement au quotidien. Ils aimeraient bien qu'on les laisse partir maintenant vers leur maison en Bretagne avant l'été, lieu de vie qui leur conviendrait mieux que Paris. » (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

LES TRANSPORTS EN QUESTION

Réactions des auditeurs à la suite du Grand Entretien de la matinale de France Inter avec Jean-Baptiste Djebbari secrétaire d’État aux Transports : « On est dans un moment où l’on peut inventer l’avion vert »

Message d'auditeur
« Pourquoi les règles de distanciation physique prévues dans les trains et bus ne seront pas appliquées dans les avions ? Les compagnies nous disent qu’il n’est pas possible de neutraliser des sièges sous peine de faire augmenter les prix des billets de 50 %, et donc de les rendre inaccessibles au plus grand nombre. Alors que le kérosène échappe déjà scandaleusement aux taxes, contrairement aux autres carburants. Comme si le but était de relancer le plus vite et le plus fort possible le transport aérien. Nous savons cependant que les voyages en avion ont été un facteur majeur, si ce n’est le principal, de la diffusion rapide du virus autour de la planète. C’est donc prendre un risque inconsidéré. » (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

"LA" COVID-19

Jeudi 7 mai, l'Académie française a recommandé d'utiliser le mot Covid-19 au féminin plutôt qu'au masculin : "Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation." Ce débat est aussi apparu dans les messages des auditeurs. Une sélection à lire ici :

Messages d'auditeurs
« Tout d’abord, merci pour tout le travail d’information que vous faite de façon générale et plus particulièrement en cette période de pandémie.
Cependant, sauf erreur de ma part, vous faite une confusion que font beaucoup de personnes : c’est de mettre sur le même plan le coronavirus et la covid-19.
De même que la tuberculose est due à une bactérie, la rage est la conséquence d’un virus, la Covid 19 est la conséquence du coronavirus.
Avec pour définition Co : Corona Vi : virus et D pour Disease (maladie en anglais) le 19 correspondant à l’année d’apparition. Moi je l’ai compris comme cela, à partir des déclarations des virologues. De ce fait, il faudrait parler de la Covid-19 au féminin… en tant que maladie. »
(France Inter)

« Comme vos journalistes semblent en permanence faire la confusion entre le virus (coronavirus : SARS-CoV-2) et la maladie (covid-19 acronyme de « coronavirus disease 2019 » ou « maladie à coronavirus 2019), je vous informe qu’il est admis et évident que le mot coronavirus est masculin en français et que l’acronyme « covid-19 » est plutôt féminin. » (Franceinfo)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

PÊLE-MÊLE

Nous vous proposons dans « Pêle-mêle » une sélection de messages d’auditeurs : réactions sur l’actualité, avis sur des émissions, remarques sur les antennes, opinions sur les lignes éditoriales, points de vue sur les angles choisis dans des reportages ou des articles publiés sur les sites. 

Retrouvez ici des messages concernant :
•   Le 8 mai 1945
•   Les experts en psychologie  
•   La vie quotidienne des Français
•   Parisianisme
•   Les chiffres du coronavirus  
•   Moins de 100km dans un autre département    
•   Des aliments de saison dans les recettes 
•   
La consommation d’alcool   
​​​​​​​•   La promotion de Netflix et la réponse du directeur des programmes de France Inter
 À lire, une sélection de messages

LE MONDE D'APRÈS

Messages d'auditeurs
« Je viens d’entendre un commentaire sur votre antenne : « C’est très bien qu’on s’habitue au masque ». Je ne peux que vous renvoyer à l’article de Michel Serres qui date de 2010 mais toujours d’actualité « Sans visage, pas de contrat social ». Difficile pour moi d’accepter ne plus voir les visages, les expressions. L’isolement social que le masque impose ne peut qu’être provisoire et je ne peux m’en réjouir. Pas envie de cette société. » (France Inter)

« À force d’entendre des gens qui disent que tout va rester comme avant, c’est sûr, tout va rester comme avant. J’aimerais, s’il vous plaît, que ces personnes qui se disent optimistes mais qui diffusent des messages de désespoir arrêtent de le faire et commencent à agir, simplement, comme le petit Colibris, pour que, justement, tout ne redevienne pas comme avant. Surtout qu’entre une crise de virus international et un Grenelle de l’environnement, il y a quand même un écart important. Merci ! » (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet

​​​​​​​LES AUDITEURS SUGGÈRENT DES THÈMES DE REPORTAGES

Chaque semaine, les auditeurs nous écrivent pour suggérer des thèmes de reportages. Leurs courriels sont relayés auprès des rédactions qui parfois s’en inspirent ou bien qui ont déjà traité le sujet, nous vous proposons alors les liens des reportages réalisés par les antennes. Sélection.
Les professions mobilisées hors soignants 
Message d'auditeur
« À quand une journée dédiée aux commerçants et artisans indépendants ? Depuis le début de cette crise, nous n’avons pas manqué de remarquer à quel point les commerçants et artisans ont fait preuve d’esprit de ressource, une des rares corporations à être reconnaissants pour les mesures prises, sans doute parce qu’ils sont habitués à compter sur eux-mêmes. Les entendre permettraient de les saluer et de mieux faire connaître tout ce qu’ils ont mis en œuvre. Ce serait aussi une manière de les soutenir face à l’agressivité commerciale de la grande distribution. Je fais remarquer aussi qu’on n’entend pratiquement jamais leurs représentants dans le journal du matin. Je pense à la période des « Gilets jaunes » et de la grève où ils ont particulièrement souffert. En revanche, Fabienne Sintes leur a immédiatement donné la parole, qu’elle en soit remerciée. Vous avez récemment dédié votre antenne au milieu artistique. Je n’ai pas tout écouté, mais j’ai regretté que cette émission soit tournée sur « l’offre culturelle », mentionnant très peu tous les enjeux de développer l’accès à la culture (exception avec Abd El Malik). Que dire de cet artiste se refusant par exemple, pendant cette période transitoire, d’intervenir dans les écoles pour développer l’éducation artistique ! Que dire de M. Lissner, à qui le caractère exceptionnel de la crise sanitaire a visiblement échappé, réclamant toujours plus de budget. Nous aurions préféré entendre davantage d’artistes qui réfléchissent activement à la façon de s’adapter à cette nouvelle situation. Par ailleurs, la culture ne se limite pas à la production de spectacles, elle se manifeste dans bien d’autres domaines, tout aussi importants, ignorés dans cette émission. Les exemples sont multiples (ex. agriculteurs ouvrant leurs exploitations au public, artisanat d’art, etc.). Nous avons eu trop souvent l’impression à entendre certains qu’ils étaient convaincus de jouer un rôle incomparable dans notre société, plus que d’autres métiers…. D’où notre vif souhait que ces autres métiers soient à leur tour soutenus sur votre antenne. » (Radio France)

France Bleu a consacré plusieurs articles sur son site aux artisans et commerçants en période de coronavirus. Les articles sont à lire ici.

Les conditions de travail des infirmières et infirmiers
Message d'auditeur
« Je sais que vous avez le souci de veiller à laisser un espace de paroles pour l’ensemble des professionnels mobilisés dans la lutte contre le Coronavirus c’est pourquoi cela pourrait être intéressant que vous vous intéressiez aux conditions proposées aux professionnels infirmiers notamment pour participer au suivi des patients Covid que ce soit au sein des brigades ou dans des hôtels transformés en centre d’hébergement, cela est tout simplement scandaleux ! 36€ / jour peu importe le temps dédié aux patients et 2 déplacements sur site minimum. A contrario, les médecins libéraux qui assureront le suivi par téléconsultation seront payés 30€/patients… Loin de moi l’idée d’opposer les professions, les chiffres s’en chargent pour moi. Nous sommes finalement assez loin des élans de gratitude envers nos personnels soignants que nous avons vu fleurir ces dernières semaines. » (Radio France)

La journaliste Véronique Julia a recueilli le témoignage de Patrick Chamboredon, président de l’Ordre des Infirmiers, qui a évoqué les conditions de travail des infirmières et infirmiers et notamment le manque de masques pour exercer les soins. A réécouter dans le Journal de 18h vendredi 1er mai sur France Inter.

France Inter donne la parole depuis plusieurs semaines à tous les soignants, qu’ils soient médecins, infirmières ou infirmiers, pharmaciens ou aides-soignants, dans son podcast original « Paroles de soignant·e·s ». Les témoignages sont à réécouter sur le site de France Inter.
 À lire, d'autres thèmes souhaités par les auditeurs

TÉMOIGNAGES, POÈMES ET
​​​​​​​LETTRES D'INTERIEUR D'AUDITEURS

Texte d'auditeur
« Quelque part en Bretagne, le 12 mai 2020; 
A mon EHPAD, mes résidents, et l'équipe de soignants qui y travaille 
Je dis "mon", je dis " mes"... Quel orgueil, quelle prétention ! A vrai dire, je n'ai pas vraiment réfléchi. En pensant à vous, l'expression m'est venue comme cela. L'article est possessif, oui, mais il est aussi la marque du personnel, du familier, voire de l'affection. Je dis "mon" car de cet établissement, des gens qui y vivent et de ceux qui y travaillent, je me sens responsable, et j'y suis attachée. Je dis "mon" parce qu'ils sont devenus mon intime, ma famille, quand ma vraie famille m'a été empechée, éloignée, et que je n'avais qu'eux, tous les jours. 
Quelle drôle de famille nous formons, tous enfermés là. Tous dans le même bateau, sans nous être choisis mais pourtant pas si mécontents d'y être. Dans cette famille il y a les parents. Nous, nous avons deux mamans. Maman la cadre, qui porte bien son nom; qui cadre, qui rassure, qui protège. Et puis Maman la débrouille, qui trouve toujours des solutions, qui sourit, qui fait du lien, qui nous rassemble. Dans cette famille nous sommes aussi de nombreux frères et soeurs. Chacun son rôle, chacun son caractère, ses points forts et ses points faibles. On s'appuie les uns sur les autres, on se répartit les tâches, à sa juste place et dans le respect de chacun. Oh bien sur ça n'est pas toujours si simple, on s'agace, on se dispute, mais au fond, on forme une belle équipe. On se sert les coudes, on a peur ensemble et on rit ensemble.  
Et puis nous avons des enfants, tellement d'enfants. Des enfants qui n'ont d'enfant que le statut fictif qui leur a été assigné depuis que l'âge et la vie les ont affaiblis. Ces très vieux enfants le sont redevenus parce qu'ils ont besoin qu'on prenne soin d'eux, qu'on les accompagne. C'est ainsi qu'ils nous ont été confiés. Les adultes savent faire eux. Ils n'ont besoin de personne, ils sont autonomes. Ah l'autonomie, le nerf de la guerre... Suzanne, René, Jacqueline, et tous ceux que je ne peux nommer car la liste serait bien trop longue, ne m'en voulez pas pour cette métaphore maladroite. L'enfance recèle bien des trésors et d'autres aspects que cette apparente régression. Elle véhicule tellement de tendresse. 
Lorsque j'entends Léa, Evan, Yolaine et les autres vous appeler doucement par votre prénom et vous demander si vous avez mal ; lorsque je les vois vous prendre la main et vous faire la toilette avec une infinie délicatesse ; lorsque je les sens inquiets de vous savoir malades ou tristes quand vous l'êtes aussi; alors je me retrouve petite fille avec ma mère. Je l'entends m'appeler par mon surnom; je la vois me prendre dans ses bras la nuit; je la sens pleine d'amour pour moi. Colette, Jean-Paul et Liliane,... Il y a dans ces gestes et dans ces mots à votre attention, et qui ne sont censés être "que leur travail"; il y a la toute la bienveillance dont ils et elles sont capables. Nous vous la devons. A vous qui avez eu notre âge à une toute autre époque, et qui avez maintenant parfois le triple du mien. Qu'avez vous traversé pour arriver jusqu'à nous ? A vous que je vois souriants et fiers sur les photos en noir et blanc qui ornent les murs de votre chambre en souvenir de ce temps où vous étiez jeunes, libres et beaux. Vous n'êtes plus tout à fait jeunes, peut être un peu moins libres mais vous n'avez rien perdu de votre superbe. En témoignent les yeux claires de Marie-Louise, la tresse d'argent de Raymonde, la peau fine et délicate d'Emilienne. Nous vous devons cette bienveillance, par égard à ce que vous êtes, et à ce que vous représentez de l'Homme. 
Ne nous leurrons pas. Dans ces temps chahutés chacun a pris conscience du besoin de l'autre, de notre interdépendance. La dépendance. Je dépens de la caissière pour faire mes courses, du facteur pour recevoir mon courrier, de l'éboueur pour relever mes poubelles. Mais aussi du journaliste pour m'informer, de l'humoriste pour rire, de l'écrivain pour m'évader. La liste s'allonge, on n'en verrait pas le bout... 
Vous autres dehors, ne vous croyez pas si éloignés du bateau, ne vous sentez pas si solides et indépendants. La dépendance n'est pas un vilain mot, ce n'est pas une carence ni une faiblesse. C'est ce qui nous permet de nous rassembler, de faire corps. La dépendance nous rapproche et nous rappelle que nous ne sommes rien seuls et que nous faisons partie d'une seule et même entité qui porte un nom : l'Humanité. Prenons soins d'elle et de nos très vieux enfants. Ils le méritent tant. 
» (France Inter)
 À lire, une sélection de textes et poèmes reçus

COUP DE CŒUR DES AUDITEURS : 
LE RETOUR DE L'ÉMISSION "LUMIÈRES DANS LA NUIT"

Depuis lundi 11 mai, Edouard Baer est de retour sur France Inter avec son émission « Lumières dans la nuit ». Du lundi au jeudi, de 22h à 23h, entouré d’invités confinés, il accompagne les auditeurs avec légèreté, bonne humeur et beaucoup de poésie pour égayer leurs soirées. C’est le coup de cœur des auditeurs.

Messages d'auditeurs
« Ah quel bonheur d’entendre à nouveau Édouard Baer et ses lumières dans la nuit! D’autant que je ne m’y attendais pas. Merci à lui et merci à vous pour la programmation! J’espère quand même que le Nouveau Rendez-Vous retrouvera une place dans la grille. Merci France Inter ! » (France Inter)

« Je voulais vous remercier pour avoir eu l’intelligence de remettre à l’antenne le merveilleux Édouard Baer, quel bonheur ! Merci ! » (France Inter)
 À lire, une sélection de messages sur le même sujet


Quand les auditeurs deviennent nos professeurs de français...

Distanciation sociale
« Merci à vous toutes et tous pour ce que vous faites en temps normal et en ce moment.  
Je ne m’adresse pas au service public mais aux femmes et hommes qui composent ce média.  
Pouvez-vous (par pitié) bannir DEFINITIVEMENT de votre antenne le terme « distanciation sociale ».  
Nous crevons depuis quelques temps déjà, de cette distanciation.  
Celle qu’il nous faut respecter est une distanciation physique et uniquement physique.  
Le virus n’a aucune notion de sociostyle, il fait des victimes, point.  
Merci à vous et surtout continuez!  »
 

Distanciation sociale / Distanciation physique : Emmanuelle Daviet répond

L’expression « distanciation sociale » prononcée par les autorités, les personnalités politiques, les soignants ou les journalistes, est l’une des plus entendues depuis le début de la pandémie. L’une des plus contestées également par les auditeurs qui nous écrivent : « Je supplie les journalistes d’abandonner cette expression abominable et pseudo-sociologique de « distanciation sociale » qui me choque depuis le début », « « Distanciation sociale » peut facilement prendre le sens de « rupture du lien social » », « Cela fait tellement écho à mouvement social, ou classe sociale ».  
LIRE LA SUITE

​​​​​​Écriture inclusive
« Le masculin sert d’élément neutre, il n’y en a pas d’autre. Féminiser c’est mettre du sexe, et le plus souvent de manière inutile et provocante. Pourquoi féminiser toutes les professions, quel intérêt ? La profession n’est pas la personne qui l’exerce ! Elle est neutre ! Et l’écriture dite « inclusive », illisible !  Exemple, je lis la lettre de France Culture: « Certain•e•s l’ont tant exploré qu’il a modifié le cours de leur existence et qu’ils ont organisé leur vie autour de l’exploration de ce sentiment. Ils sont apnéistes, coureur•se•s au large, scientifiques, surfeur•euse•s, musicien•ne•s, sauveteur•euses en mer, pécheur•e•s,… il•elle•s habitent un paysage singulier, un horizon. »  » 

​​​​​​​« Je découvre dans la newsletter un thème qui promet immédiatement d’être passionnant, le « sentiment océanique » et je me trouve face à l’énoncé suivant, à lire voix haute : « Ils sont apnéistes, coureurses au large, scientifiques, surfeureuses, musiciennes, sauveteureuses en mer, pécheures »… Pitié pour nos cerveaux, si France Culture se met à l’écriture inclusive, c’est peut-être toujours l’ouverture, (ou le conformisme ?) mais ce sera sûrement la fin de l’esprit. Il nous restera à se convertir en pleureureuses (malheureuxeuses). » 

Quatorzaine
« Un néologisme horrible et inutile vient de faire son apparition à la faveur, si j’ose dire, du Covid-19 et semble ravir certains des journalistes de Radio France et/ou de leurs interlocuteurs :  « quatorzaine » !?  
Le mot quarantaine a perdu son sens originel et est devenu synonyme d »isolement…  
On peut donc dire une quarantaine de 15, 30, 60 jours…  
Ou tout simplement, un isolement ou éloignement, ou mise à l’écart..  
La création de nouveaux mots illustre hélas souvent le faible niveau de leurs créateurs en langue française…Ce qui est un comble pour des journalistes. »
 

Métiers du "care"
​​​​​​​« Est-il possible que les journalistes et plus généralement les chroniqueurs évitent l’usage permanent de « les métiers du care » et utilisent l’équivalent français « les métiers du soin ». » 

Négation
​​​​​​​« J’écoute vos informations avec assiduité et je m’aperçois que votre journaliste ne connait pas la négation. « Vous avez pas »….vous êtes plus… La langue française correcte indique une négation par : ne pas, ne plus, ne jamais etc..En langage correct que vous devriez employer est « vous n’avez pas, vous n’êtes plus » etc, n’oubliez pas que de nombreuses personnes vous écoutent. » 

"À minima"
​​​​​​​« Entendu plusieurs fois sur les ondes de ma radio préférée, l’expression « a minima » ne signifie pas « au minimum » ou « minimal ». C’est un terme purement juridique désignant, pour le dire simplement, un appel contre un jugement estimé trop léger.Il n’y a pas d’autre sens que cela.De même, la préposition « sur » utilisée pour dire « vers » ou « à ». Exemple:je travaille SUR Paris, voire pour dire « il s’agit de » ou  » c’est ». » 

 À lire, une sélection de messages sur le même sujet



Vidéo
LAURENT DELMAS ET LES AUDITEURS

Laurent Delmas, producteur de On aura tout vu sur France Inter, nous parle de lui et des auditeurs : Etes-vous attentif aux messages des auditeurs ? Le message d’auditeur qui vous a le plus marqué ? Quel auditeur êtes-vous ? Quelle voix de radio a compté pour vous ?
VOIR
Vidéo
GIULIA FOÏS ET LES AUDITEURS

Giulia Foïs, productrice de l'émission Pas Son Genre sur France Inter, nous parle de sa relation aux auditeurs. Etes-vous attentive aux messages des auditeurs ? Le message d’auditeur qui vous a le plus marqué ? Quelle auditrice êtes-vous ? Quelle voix de radio a compté pour vous ?
VOIR

 
[PROCHAIN RENDEZ-VOUS] Samedi 16 mai sur franceinfo : Le travail d'une journaliste spécialiste santé pendant cette crise sanitaire.
Pour en parler au micro d'Emmanuelle Daviet, Solenn Le Hen, journaliste Santé à Franceinfo.


La parole des enfants sur Franceinfo

Pour en parler au micro d’Emmanuelle Daviet, Julien Moch rédacteur en chef à Franceinfo et co créateur du podcast « salut l’info » Emmanuelle Daviet : Pourquoi est-il important, en cette période de crise sanitaire et de confinement, de donner la parole aux enfants chaque jour sur l’antenne de Franceinfo grâce à « Salut L'info »
ÉCOUTER
 
   
Instagram
@mediatriceradiofrance
Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment. 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL.
Se désinscrire

Équipe de la médiatrice (édition numérique) : 

Catherine Cadic
Juliette Fayollet
 Antoine Ferreira 

​​​​​​​Crédits photo : © Christophe Abramowitz, Radio France © Huber et Starke Getty © Joel Saget AFP © Klaus Vedfelt Getty © Crocodile Image Getty © Lucy Lambriex Getty © Getty © Getty © Mihajlo Maricic Getty © Alexander Spatari Getty  © Christophe Abramowitz, Radio France